Trois dossiers bloqués aux Milles
Le 14 septembre, en fin de matinée, la commission d'urbanisme a examiné onze dossiers dans la salle du pôle de proximité des Milles, route de Galice. Neuf sont passés. Trois ont été renvoyés pour complément d'information, tous déposés par des artisans installés dans le périmètre de la zone d'activités. Le motif invoqué tient en une phrase administrative : la surface de plancher déclarée ne correspond pas au mode de calcul retenu par le service instructeur depuis le printemps.
Pour un atelier de menuiserie, la nuance n'est pas théorique. Elle porte sur la manière de compter les mezzanines de stockage, les zones de séchage et les aires couvertes ouvertes sur l'extérieur. Un local de 310 mètres carrés au sol peut ainsi basculer de 240 à 355 mètres carrés de surface de plancher selon la lecture appliquée aux porte-à-faux et aux auvents.
'On a arrêté de commander du chêne'
Antoine Moreau, qui suit les dossiers clients chez Perfidyorix, 128 allée Carnot à Aix-en-Provence, a reçu la notification le 18 septembre. L'atelier travaille depuis 2000 sur du mobilier posé libre, des étagères, des caisses et des cadres, jamais sur le bâti lui-même. « On a arrêté de commander du chêne en plot pour le mois d'octobre, explique-t-il. Un lot de six plateaux, cela représente 1 840 euros bloqués dans un devis qu'on ne peut pas facturer. »
Il faut dire ce que la règle change concrètement. Une extension de 46 mètres carrés, prévue pour rentrer une scie à format et un banc de ponçage, reste en attente ; l'atelier continue de travailler en deux temps dans la même pièce, ce qui allonge les délais de restauration de meubles anciens de deux à trois semaines sur les pièces volumineuses.
Manon David, qui coordonne les travaux, a repris les plans trois fois. Chaque version déplace la limite entre surface taxable et surface non taxable. « Le plus absurde, c'est que la charpente reste identique », dit-elle.
Un mois de trésorerie en jeu
Le dépôt d'un dossier complet coûte 780 euros en honoraires de géomètre, sans compter les heures passées à reconstituer les fiches. Pour un atelier de cinq personnes, ce montant n'est pas neutre, mais il n'est pas le principal problème. Le principal problème, c'est le calendrier.
Une réponse du service instructeur arrive en général sous six à huit semaines, parfois dix en période de forte activité. Pendant ce temps, l'entreprise paie le loyer de 2 150 euros par mois sur le local de l'allée Carnot, les charges et les salaires. La trésorerie encaisse le choc, mais elle ne l'encaisse pas indéfiniment.
Olivier Richard, qui tient l'administration de la structure, a établi une projection simple : si l'accord tombe avant la fin novembre, l'atelier peut tenir son planning de fin d'année. Au-delà du 15 décembre, deux chantiers de restauration de mobilier partent chez un confrère de Venelles, et ils ne reviendront pas.
Ce que disent les quartiers alentour
Le sujet dépasse la menuiserie. Rue de la Molle, un ébéniste a déposé en juillet une demande pour fermer une cour de 28 mètres carrés ; le dossier est toujours à l'instruction. Chemin de la Badesse, une petite entreprise de cartonnage a renoncé, en août, à agrandir son atelier de 19 mètres carrés.
Aux Milles, la question croise un autre chantier, celui de la requalification des abords de la gare, où la métropole prévoit des logements et des locaux d'activité. Les artisans installés depuis vingt ans dans les rues adjacentes ne savent pas encore quelle place leur sera faite dans les programmes annoncés.
Une réunion publique est programmée le 8 octobre à 18h30, salle des fêtes du quartier, avec les services techniques. Les propriétaires de locaux professionnels y sont conviés, mais aussi les locataires, ce qui n'était pas le cas lors des deux précédentes réunions du printemps.
Deux hypothèses pour l'hiver
Reste à savoir ce qui va être corrigé. Selon deux agents du service instructeur, joints par téléphone, la doctrine ne devrait pas être modifiée avant l'examen du budget 2027, soit au premier trimestre. Les dossiers en cours seraient alors réexaminés au cas par cas, sans garantie de délai.
Une autre hypothèse circule dans les couloirs : une note de cadrage interne, diffusée en juillet, aurait déjà assoupli la lecture pour les locaux de moins de 400 mètres carrés. Aucun document public ne la confirme à ce jour, et le service communication de la métropole n'a pas répondu aux questions écrites transmises le 22 septembre.
En attendant, l'atelier de l'allée Carnot continue de travailler sur des pièces plus petites, tables basses, cadres, caisses sur mesure, qui ne demandent ni recul ni surface supplémentaire. La scie à format reste sous bâche.